En attendant le PQ

- 17 mai 2012

marois

Les étudiants ne voulaient pas d’un moratoire insignifiant. Trois mois, ça ne les intéressaient pas. Non, ce qu’ils souhaitaient, ils l’ont dit à la table des négos, c’était un moratoire pas mal plus long. Deux ans, genre.

Autrement dit, un gel de deux ans, le temps que le PQ prenne le pouvoir. Astucieux.

Ils toléreraient un gel d’une année, c’était l’ultime compromis. Mais pas moins que ça. C’est le prix de la paix sociale.

Cela leur permettrait de faire le «pont» par dessus les prochaines élections.

Ce serait utile au cas où la population, qui appuie déjà la hausse des droits de scolarité, décidait de réélire les libéraux ou de porter la CAQ au pouvoir.

Les étudiants ne s’inquiètent pas de l’élection du PQ, au contraire, ils la souhaitent. Le PQ, ils en rêvent. Les péquistes portent d’ailleurs le petit carré rouge caractéristique des rebelles. Le carré de «l’équité», selon Pauline Marois.

«C’est le signe qu’il y a à l’Assemblée nationale, un parti qui représente les jeunes», a insisté Mme Marois, ce matin, devant un invité spécial du PQ… Léo Bureau-Blouin, le président de la FECQ…

Jean Charest croit, lui, qu’elle «creuse son trou» et qu’elle portera ce petit carré comme le Christ a jadis porté sa croix… Enfin bref, je vous raconte ça pour que vous compreniez de quoi il retourne, sur le plan politico-politique.

Ça fait drôle parfois, de voir cette petite tache sanguine épinglée sur des habits coûteux. Ou sur des robes faites sur mesure… J’en ai même vu à la poitrine de fonctionnaires. C’est comme un code vestimentaire, le carré rouge, le sac à dos, la barde…

C’est vrai que, pour certains membres du SFPQ et du SPGQ, la gratuité, c’est naturel… comme la gravité.

charest

Jean Charest ne manque d’ailleurs pas une occasion de le souligner, ce petit carré rouge au corsage de Pauline Marois.

«Elle va le porter pour le reste de sa vie», a-t-il dit mardi.

Mme Marois dit maintenant que c’est une référence à l’équité. L’autre jour, elle a poussé plus loin le bouchon de la générosité intergénérationnelle en promettant aux étudiants de leur rembourser la malheureuse hausse.

Ceux qui ne croyaient plus au Père Noël iront bientôt en pèlerinage à l’Île Bizard.

 

Plus sérieusement, c’est pour ce positionnement politique du PQ, favorable aux étudiants contre la hausse (et donc du côté des syndicats), que Jean Charest enrage. Selon lui, et selon une majorité de libéraux, l’État ne doit pas reculer devant les actes de violence qui se multiplient depuis des semaines.

Ça nous mènerait où? Sur son blogue, le député péquiste Martin Lemay écrit que ce que l’on voit ces temps-ci à Montréal rappelle les violences de certains régimes… Dans une lettre fictive à un jeune militant de gauche, il pose la question suivante : «Comment expliquer que nous soyons bien au fait des horreurs attribuables à l’extrême-droite, mais qu’il pèse un silence troublant sur ceux commis par l’extrême-gauche?»

On sait ce qui c’est passé en Allemagne mais on ne parle jamais des horreurs du régime soviétique. Notre époque fait la belle vie à la gauche…

Troubler la paix sociale…

- 12 mai 2012

affiche

 

Robert Dutil, ministre de la Sécurité publique, a eu raison d’affirmer que ce qui s’est produit à Montréal, jeudi matin, était « très grave ». Il est probablement le mieux placé, au gouvernement, pour savoir ce qui se passe au Québec ces temps-ci.

Ces attaques ne sont pas des coups pendables commis contre les usagers du métro. Dans trois endroits différents, simultanément. Il s’agit de gestes audacieux visant à perturber la paix sociale. L’objectif est politique. Des étudiants sont impliqués, mais les coups d’éclat des récentes semaines s’inscrivent dans un scénario plus ambitieux.

L’objectif, c’est de mettre à genoux le gouvernement. Je sais, ça peut faire sourire, mais c’est bien d’anarchie qu’il s’agit. Abuser de la démocratie, provoquer l’insécurité et forcer la réaction des forces de l’ordre; la recette est connue.

La révolution

Pour certains, l’heure est à la révolution. C’est dans cet état d’esprit qu’a eu lieu la manifestation de Victoriaville soutenue par le clergé syndical, des associations de profs et d’étudiants et plusieurs organismes subventionnés par le gouvernement. Les casseurs n’avaient pas à craindre la délation…

Cette manifestation, même si des étudiants y étaient, n’avait toutefois plus vraiment à voir avec les frais de scolarité. Elle était à l’enseigne de la « colère » et sous l’égide d’une organisation parasyndicale inconnue du grand public, la Coalition opposée à la tarification des services publics. On y retrouve les habituels protestataires, toujours insatisfaits du gouvernement. La plupart n’ont rien à voir avec l’éducation.

Mais ils se sont empressés de dénoncer l’intervention de la Sûreté du Québec à Victoriaville. C’est pourtant cette même coalition qui avait invité ses membres à une « manif-action » à Victoriaville. Ses communiqués, diffusés sur les médias sociaux, montraient une main rouge et précisaient que cette manifestation devait exprimer la « colère générale contre le gouvernement libéral ». On se demande pourquoi, devant de si beaux sentiments, la violence a bien pu éclater…

Devant les médias, cette coalition a tout de même soutenu, en conférence de presse, que c’est la police qui avait abusé de la violence. Pas ceux qui lançaient des roches, des briques, des barres de métal, des boules de billard et de plomb aux policiers. Imaginez, un instant, si les libéraux avaient été laissés à eux-mêmes! Qui Amir Khadir aurait-il pointé du doigt?

Les anarchistes

Opposée à la hausse des droits de scolarité, mais favorable au « partage de la richesse » c’est-à-dire à des impôts de plus en plus élevés, cette supposée coalition populaire ne compte pas que des groupes de pression turbulents. On y trouve aussi le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec, une organisation présente dans tous les ministères et dans les sociétés d’État comme Loto-Québec, la SAQ, la SAAQ, là où, comme chacun sait, les conditions de travail sont infernales…

Cette coalition a aussi des « membres sympathisants » plus radicalement à gauche comme Québec solidaire et l’Union communiste libertaire, une organisation anarchiste qui dit constituer une « partie intégrante de la lutte étudiante ».

Peut-être ne le savez-vous pas, mais les anarchistes sont très actifs au Québec. Ils tiendront leur Salon du livre à Montréal, la semaine prochaine, l’un des plus importants en Amérique du Nord.

Il aura lieu au Centre d’éducation populaire de la Petite-Bourgogne, le CÉDA, pas loin du métro Lionel-Groulx, là où une bombe fumigène a explosé, jeudi. « Tout se déroule dans le calme. Il y passe entre 1 000 et 1 500 personnes… », nous a confirmé Roger Leclerc, directeur du CÉDA.

Ironie du sort, le CÉDA reçoit 370 000 $ des ministères de la Culture, de l’Éducation et du Conseil exécutif, le ministère de Jean Charest. C’est là que les anarchistes apprécieront leur littérature et discuteront de l’opposition à mener à la « civilisation occidentale »…

Taschereau

Les anarchistes sont aussi présents à Québec. Et ils tiendront le Festival de l’anarchie, du 24 au 26 mai, dans un établissement licencié de la basse-ville.

FestivalOFF

Un des invités de ce « festival » est nul autre que Serge Roy, militant de Québec solidaire depuis des années et ex-président du Syndicat de la fonction publique du Québec. C’est le candidat de Khadir dans la circonscription de Taschereau, au centre-ville de Québec.

Jeudi matin, dans le quartier des affaires, alors que le métro était la cible d’attaques concertées, une manifestation avait été organisée par l’Organisation populaire des droits sociaux (OPDS) de Montréal, subventionnée par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale.

La manifestation a eu lieu aux abords de la station de métro Place d’Armes. L’endroit avait été choisi parce que, selon ses organisateurs, c’est « un lieu où nos geôliers se repaissent de notre misère ». Ça n’avait rien à voir avec les droits de scolarité. Troubler la paix sociale sert un autre objectif…

L’avant-veille n’est pas pour demain…

- 4 mai 2012

Il y a des détails qui laissent pantois. Vraiment. Comme celui-ci, inclus dans notre sondage de vendredi: seulement 9% des électeurs estiment que la souveraineté du Québec sera un enjeu de la prochaine campagne électorale.

Et, quant à la souveraineté en soi, elle obtient l’appui de 43% des électeurs. On est presque revenu à 1980…

Mais un lecteur me faisait remarquer qu’en 1995, le Oui n’avait que 39% d’appuis au début de la campagne, ce qui permet aux plus optimistes de prédire une victoire prochaine. Ou plutôt la prochaine fois…

Mais quand je tiens compte des deux résultats, le 9% et le 43%, je ne parviens pas à tirer la même conclusion.

Chez seulement le quart des électeurs péquistes, la souveraineté sera un enjeu électoral. Ce qui est peu, à mon avis.

Il n’y a que chez les partisans d’Option nationale que l’on fait de la souveraineté la cause la plus importante du prochain scrutin. Pas moins de 61% d’entre eux estiment que la souveraineté est l’enjeu premier.

Le problème, c’est que les troupiers de Jean-Martin Aussant ne sont pas nombreux. L’ON n’obtient qu’un mince 2% d’appuis… chez les francophones.

Bref, je veux pas faire pleurer personne, mais on n’est pas à l’avant-veille du Grand Soir…

Un sondage gagnant…

- 28 avril 2012

archambault

On n’en a pas entendu parler à cause de la turbulence des pourparlers avec les étudiants pourtant, il ne s’agit pas d’un détail politique anodin: le PQ tiendra un référendum aussitôt que les Québécois se montreront disposés à faire l’indépendance. Ça semble évident, mais ça ne l’est pas tant que ça…

«J’ai entendu Mme Marois le dire», a confié le président du PQ, Raymond Archambault, au Journal, cette semaine.

Pauline Marois ne pourra pas dire qu’il n’a pas été clair, il a été limpide. Pas nerveux du tout, devant un cappucino, M. Archambault a expliqué au collègue Taïeb Moalla qu’un éventuel gouvernement péquiste n’attendra pas avant de déclencher un référendum lorsqu’un sondage donnera le Oui gagnant. «J’ai entendu Mme Marois ces derniers temps le mentionner», d’ajouter M. Archambault.

Ça fait tellement longtemps que les indépendantistes attendent qu’aux premiers signes d’une victoire possible, Pauline Marois n’aura d’autre choix que de s’écrier: Go!

Évidemment, le pari sera risqué. Parce qu’on ne sait jamais avec les sondages. Un jour, c’est Oui, le lendemain c’est peut-être… Et dans un référendum, les mous retrouveront leur personnalité. L’indépendance, faut-il le rappeler, nécessiterait un peu de courage.

Quand le téléphone sonne, et qu’au bout du fil, une voix inconnue demande si vous voudriez un pays, bien assis dans le salon, n’importe qui, même un mou, sera évidemment tenté de dire oui, bien sûr, pourquoi pas, un pays, ce serait sympa. Les braves sont nombreux quand ils ne risquent rien…

Il y a une énorme différence entre une question référendaire et une question de sondage. Avec la seconde, on peut changer d’avis. On a parfois même droit à une sous-question, au cas où…

Avec une question référendaire, il n’y a pas de correction possible le mois suivant. C’est Oui ou c’est Non. C’est final baton!

Selon M. Archambault donc, il est fort possible qu’il y ait un référendum si le Parti québécois reprend le pouvoir. Pourtant, les Québécois ne sont peut-être pas aussi enclins à l’indépendance que pourrait l’indiquer un sondage.

Dans la dernière édition de l’État du Québec, publié par l’Institut du Nouveau Monde, le sociologue Pierre Drouilly fait une analyse très intéressante des résultats électoraux du 2 mai dernier; si le NPD a tout balayé, c’est parce que les Québécois voudraient donner une chance, une autre, au fédéralisme. Le vote des Québécois aux dernières élections fédérales est, selon Drouilly, «basé non pas sur des convictions politiques lentement acquises, mais sur une illusion politique, celle d’un possible renouvellement du fédéralisme canadien».

Quand, au débat des chefs, Jack Layton a promis de chercher à établir les «conditions gagnantes pour le Canada au Québec», il avait touché la cible, le cœur des Québécois. C’est du moins ce qu’explique le professeur Drouilly; «faire une place au Québec au sein du Canada demeure le vœu le plus partagé par les Québécois».

«Toutes les enquêtes qui ont testé les quatre options habituelles (statu quo, réforme du fédéralisme, souveraineté-association et indépendance du Québec) révèlent depuis longtemps que la réforme du fédéralisme (avec un statut particulier et plus de pouvoirs pour le Québec) est l’option la plus largement préférée des Québécois», écrit encore M. Drouilly.

Il y aurait donc un grand risque de croire qu’un sondage donnant une majorité au OUI soit la garantie qu’un référendum donnerait le même résultat.

On parle pour parler, vous vous en doutez bien. Il n’y a pas la moindre chance qu’on se retrouve en campagne référendaire dans un avenir prévisible.

Les États généraux de Gérald Larose n’ont été, rappelez-vous, qu’une réplique de Mme Marois aux plus pressés des indépendantistes. L’ancien patron de la CSN ne nous fera pas traverser le Rubicon.

NON !

- 21 avril 2012

aprofs

La haine que certains éprouvent envers le Parti libéral les détourne de l’essentiel. Bien sûr, j’en conviens aussi, Jean Charest n’a pas été très fort en se moquant des manifestants qui tapaient sur les parois vitrées du Centre des congrès où se tenait le Salon Plan Nord. Ça lui restera collé à la peau durant longtemps. C’est une grave erreur avant de possibles élections.

Cela dit, qu’avons-nous vu vendredi à Montréal? Des intellectuels qui réclamaient la gratuité scolaire ou des anarchistes qui trouvent l’occasion de faire la démonstration de leur expertise?

Les Québécois ont la chance immense de vivre en démocratie. Voudraient-ils changer ça? S’en remettre à l’ordre établi par des forces invisibles? Parce que ne croyez pas que les manifs des récentes semaines ne sont que le fait de seuls étudiants. Il y a des pros dans ce magma de cagoulés. Ils savent que la lutte des classes passe par la rupture de la paix sociale. C’est exactement ce qu’ils obtiennent en cassant tout sur leur passage.

Que feraient François Legault, Pauline Marois ou Amir Khadir devant une telle horde? Ils discuterait. Ils diraient oui au gel, à la gratuité? Ils plierait l’échine? Jusqu’au prochain coup de force…

Un État démocratique ne peut accepter de se faire dicter ses actions par des vauriens. Un État démocratique ne doit pas céder devant l’intimidation, la violence et le vandalisme. Un État démocratique sain doit s’élever en bloc contre les contestataires qui, en cautionnant ces gestes, les encouragent.

Ce n’est pas Jean Charest qu’il faut voir derrière le refus de l’État à discuter avec des maîtres-chanteurs. C’est une certaine idée du Québec qui doit résister à ceux qui imposent les leurs par la force.

Il y a des forces invisibles derrière ces hordes supposément en colère. Des forces qui n’ont rien à foutre des 350 $ (89 sous par jour) réclamés de plus en droits de scolarité, les moins chers en Amérique du Nord…

Des forces qui ne font que lancer un autre message, plus subtil, au pouvoir démocratique, aux élus, surtout aux futurs élus: ne touchez pas au statu quo. Les privilèges de ceux qui profitent de cet État hyper généreux sont intouchables… Il vous en coûtera… Voyez ce que nous pouvons faire avec les étudiants…