Marois, la droite et l’Outaouais

- 9 juin 2014

pineaultJ’ai sursauté. L’extrême droite? Hein, quoi! Genre des nazis? Des fascistes? Des violents comme en Europe? Ah bon! J’ai peut-être manqué quelque chose… Peut-être passe-t-il autre chose que la poursuite pépère des affaires courantes. Il me semble pourtant que le Québec est tout à fait calme.

Le voile islamique ne l’inquiète plus, les Pineault-Caron ont repris le maquis et la commission Charbonneau fait défiler les témoins dans l’indifférence générale.

Et aussitôt qu’on invoque publiquement un contrôle des dépenses, le tollé autorisé s’exprime et impose le silence. L’extrême droite est peut-être partie en vacances jusqu’à l’Halloween…

droite

Alors à quoi Pauline Marois fait-elle référence? Peut-être s’est-elle empêtrée dans un cliché : tout ce qui ne concorde pas avec les intérêts du national-syndicalisme est forcément déplorable… Et doit naturellement être disqualifié, et de la pire façon…

Pourtant, au Québec, pour voir un fascisme s’exprimer de temps à autre, c’est à gauche qu’il faut regarder. On l’a vu durant la crise étudiante; cet aspect de la violence organisée n’a malheureusement pas été montré par la commission Ménard… On a vaguement parlé des autobus de la CSN, du soutien syndical à la «manif-action» de  Victoriaville mais, sur l’essentiel, du vent…

Secondé par l’ex présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, l’ancien ministre péquiste ne se sentait peut-être pas obligé d’aller si loin dans la recherche de la vérité. Les sources de la violence de 2012, on les connaît quand même, M. Ménard doit bien s’en douter lui aussi. On les reverra bientôt, à la faveur des négociations du secteur public.

Or donc, dans la plus pure tradition péquiste, Pauline Marois a laissé tomber une énormité en quittant la scène pour de bon, à Drummondville, samedi.

À savoir que le Québec ne serait pas à l’abri d’une montée de l’extrême droite parce que sont menacées par la critique du statu quo les grandes mesures sociales qui distinguent le Québec, les mesures les plus coûteuses et mises de l’avant par des gouvernements péquistes…

L’extrême droite, rien que ça… Mais il faut savoir ce que c’est l’extrême droite.pauline

En Europe, les mouvements d’extrême droite sont surtout ligués contre l’immigration. Rien à voir avec les appels (polis) à la retenue fiscale entendus au Québec, émanant parfois d’experts qui n’ont absoluement rien de fasciste: profs retraités, universitaires, chambreurs de commerce,  choristes officiels du patronat, etc.

Des gens bien gentils en général. Je ne me souviens pas d’avoir vu récemment une manif du Front de libération des contribuables.

Ici, dans l’idéal de La Belle Province, les seuls élans apparentés à l’extrême droite ont été perçus lors du débat sur la charte des valeurs québécoises, justement mise de l’avant par Pauline Marois. Elle n’y avait peut-être pas pensé, sans doute déconcertée par le laïus de Lucie Laurier…

Mais autre chose m’a frappé dans son discours, le dernier avant le long silence.

Pauline Marois a confié que c’est en Outaouais qu’elle est devenue souverainiste. C’est là, a-t-elle dit, qu’elle a pu voir comment on perdait sa langue et sa culture. Chiche, c’est plaisant l’Outaouais. Faudra «faire sûr» d’aller y voir…

J’imagine les grimaces et le malaise des électeurs de cette région en entendant ça… Certains, là-bas, y verront sans doute un affront.

Mme Marois a sans aucun doute assuré des années de succès politique au PQ dans l’ouest du Québec. Mais bon, je sais, ça ne changera rien.

Un faux budget?

- 3 juin 2014

marceauLe rapport du Vérificateur général rendu public mardi n’est pas tendre envers le gouvernement de Pauline Marois.

De toute évidence, il a sous-estimé de plusieurs milliards le déficit budgétaire du Québec.

Pauline Marois avait beau dire que tout était cachère, la vérité est toute autre.

Selon le VG, au 7 avril dernier, les dépenses n’étaient pas sous contrôle mais en forte progression et les revenus étaient sous-estimés. Les salaires et les retraite des employés de l’État en hausse, naturellement, tandis que les revenus des entreprises étaient encore surévalués de plusieurs centaines de millions.

Sont donc passés sous le radar péquiste au moins 4 milliards de dépenses; l’écart entre les revenus et les dépenses a été établi à seulement 1,7 milliard.

Cette cible budgétaire, selon le VG, n’était tout simplement «pas raisonnable».

Pourquoi avoir agi ainsi? Et surtout, l’a-t-il fait sciemment? Pour ne pas avoir à expliquer ce qu’il faut faire…

Le rapport du VG vous permet de tirer les conclusions qui s’imposent.

Voici un passage crucial :

«Les efforts à fournir de plus de 3 milliards pour atteindre l’objectif de dépenses (et un déficit de 1,7 milliard) étaient connus lors du Point (novembre 2013) et du Budget (Février 2014).

Pourtant, ces documents ne présentaient :

- ni le montant total des efforts à fournir;

- ni les indications claires et complètes quand aux mesures envisagées pour atteindre l’objectif ambitieux relatif aux dépenses de programmes pour respecter le solde budgétaire prévu».

Le VG précice pourtant que, un mois avant le budget Marceau, «l’information produite par le Secrétariat du Conseil du trésor faisait état :

-     d’efforts à fournir de 3,5 milliards;

-     et d’efforts demandés aux ministères de 1,8 milliard».

Ce qui veut dire que le gouvernement Marois avait une bonne idée du marasme réel des finances publiques.20140603_140301

Le rapport du VG déposé à l’Assemblée nationale mardi précise encore que, dans l’état actuel des choses, le gouvernement est confronté à des dépenses imcompressibles, obligées par les conventions collectives :

-     1,6 milliard de plus au chapitre de la rémunération, dont 1,2 uniquement dans le réseau de la santé;

-     575 millions pour les régimes de retraite des employés du secteur public;

-     84 millions a ajouter au régime de retraite des cadres;

-     94 millions en sous-évaluation de dépenses;

-     150 millions pour l’assurance médicaments;

-     110 millions pour l’assurance autonomie;

-     112 millions pour Mégantic;

-     44 millions pour les élections d’avril ;

-     42 millions en sus à l’aide sociale…

Cela est sans compter les risques habituels de rater les cibles de dépenses et des revenus.

Alors quoi? Pourquoi avoir fait ça?

L’ex ministre des Finances, Nicolas Marceau, a expliqué que le VG établissait son rapport sur un «déficit potentiel», que les dépenses n’avaient pas été autorisées…

Allons donc! Dans son budget de février, les dépenses de programmes passent de 63,8 milliards à 65,1 milliards. Une hausse de 1,3 milliard.

Pourtant, uniquement en rémunération et en cotisations additionnelles aux régimes de retraite des employés de l’État, on franchit le cap des deux milliards… Le budget de février était visiblement erroné, ou était-ce carrément un faux?

Le gouvernement Marois avait-il prévu geler les salaires et ne pas combler les déficits actuariels des régimes de retraite des employés de l’État?

Ou avait-il simplement préféré ne pas dire ce qu’il est était véritablement… On comprend mieux aujourd’hui pourquoi il n’a pas déposé les crédits budgétaires des ministères et des organismes publics comme le font les gouvernements responsables depuis toujours…

«Pas de scandale» !

- 28 mai 2014

pastillesQuand on ne sait plus où trouver du fric, on commence par couper là où ça ne fait pas mal. Dans le luxe, dans l’inutile. Dans l’accessoire et le superfétatoire.

Dans les primes de rendement – pour des monopoles? Absurde! -, dans les formations ésotériques -le dépassement de soi en temps de crise…-, dans les augmentations de salaire hors normes – les plus hauts fonctionnaires sont d’un sans-gêne désolant…

On finit par en trouver du gras, quand on en cherche…

Quand on s’attarde aux détails, quand on n’avale pas les clichés de la gogauche, les opinions zélées de celles zé ceux qui annonçent depuis dix ans l’agonie du modèle québécois. (Les habituels choristes oublient les effectifs de l’État toujours plus nombreux et la progression continue des dépenses publiques…)

À gauche, pourquoi manque-t-on à ce point d’imagination? Il devient fascinant, ce point de vue, toujours le même, sur l’évolution du Québec qui ne se déploie que par la dépense publique et la multiplication des programmes sociaux…

Nous en sommes à dix mille millions de dépenses de plus chaque année que la moyenne canadienne. 10 000 millions ! Il en faudrait encore?

La gauche oublie que les jeunes auront bientôt un fardeau fiscal scandaleux à porter.

Malheureusement, on ne peut pas applaudir à la détermination du nouveau gouvernement libéral qui n’a manifestement rien de nouveau en soi.leitao

Par exemple, aux yeux du ministre des Finances, Carlos Leitao, la SAQ agit avec équité et discernement en offrant à ses employés et à ses anciens employés (!) des rabais de 40% sur leurs achats. «Il n’ y a pas de scandale», a-t-il dit aujourd’hui.

Sans doute préfère-t-il fermer les yeux sur l’idiotie d’une telle tradition. L’aveuglement volontaire est le réflexe habituel des politiciens moyens.

Alors quand on vous parlera des valeurs québécoises, de la solidarité, de l’équité, de l’évasion fiscale, pensez aux rabais intramuros de la SAQ, syndiquée à la CSN…

La SAQ estime de plus qu’il ne s’agit pas d’un avantage imposable. Pourquoi? Tout simplement parce qu’un rabais de 40% lui permet toujours une marge de profit… C’est bien pour dire! Comme le vin vendu à rabais à un retraité de la SAQ n’est pas inférieur au prix coûtant, on s’entend donc pour dire qu’il n’y a pas d’avantage fiscal pour son bénéficiaire.

Évidemment, le simple mortel tondu par le fisc, lui, doit payer la totale : un Bordeaux à 20$, il le paiera 20$. Les bienheureux de la SAQ, eux, la paient seulement 12 $. Au bout de l’année, ça fait un joli total. 500 $ annuellement durant vingt ans, ça paraît…

Quand on se noie dans la dette et les déficits, de tels abus ne devraient tout simplement pas être permis. Ce n’est pas une question strictement financière, sans doute que l’abolition de ces rabais ne nous remettrait pas à flot collectivement, mais les interdire aurait valeur de symbole : nous sommes tous dans le pétrin et les efforts doivent être assumés par tous. Par les gens de la SAQ aussi.

Voilà pourquoi la déclaration de Leitao est déprimante. Les privilèges, malgré la situation dramatique des finances publiques, restent intouchés.

Mais l’État agit avec tant d’indulgence envers lui-même alors qu’il s’attaque à la petite monnaie des chauffeurs de taxi et des serveuses de restaurant, il incite à la colère et nourrit le cynisme.

Les rabais de la SAQ à ses employés et, surtout, à ses retraités, sont franchement imbuvables. Comme la déclaration du nouveau ministre des Finances.

PKP et «J’oublie» Boulet

- 26 mai 2014

Grosse journée. Pierre Karl Péladeau provoque à nouveau l’émoi en se pointant à l’Assemblée nationale en cet avant-dernier lundi de mai. C’est qu’on l’attendait pas avant des semaines, voire des mois, le député de Saint-Jérôme. Avec de multiples fractures, il aurait pu se prévaloir de congés de maladie en série. Prendre les choses calmement, comme au Centre des services partagés.pkp

Mais le Québec n’est pas fait que d’âmes sensibles et PKP a préféré se taper la 20 afin de participer au caucus du PQ. Ça en dit long sur sa détermination à s’investir en politique… Que de joie à prévoir sur la gauche liséenne du national-syndicalisme…

Au caucus libéral aussi, il y a eu de l’action. Assez pour que Germain Chevarie et Serge Simard écarquillent les yeux. (Mais qu’est-ce? On parle de nous?)

Et on doit remercier Julie Boulet, ou plutôt «J’oublie» Boulet, qui a retrouvé son chemin et les siens, blâmant au passage les médias de n’avoir relayé que les commentaires désobligeants de ses collègues sur sa piètre performance devant la commission Charbonneau.

Y en avaient-ils vraiment eus des commentaires d’autre nature?

Tous ses collègues, même Philippe Couillard, savaient que, sous Jean Charest, les collecteurs Marc Bibeau et Violette Trépanier faisaient connaître les cibles de financement. Comment Mme Boulet peut-elle ne pas se souvenir de ça? Aucune idée. Les trous de mémoire fascinent la science depuis la disparition de l’homme de Néantherland…

Ce mardi, «J’oublie» Boulet a pour ainsi dire revendiqué le droit à l’amnésie. Elle est sortie du caucus en compagnie de Robert Dutil, toujours habité du calme des notaires. Mme Boulet estimait sans doute qu’en marchant à ses côtés, elle profiterait d’une sorte de contagion, d’une sérénité promiscuitaire…

Sans doute espérait-elle un sentiment apaisant, une sorte de bouillon de poulet sentimental capable de neutraliser la nausée que provoque parfois chez les politiciens sous pression la vue des journalistes de la tribune de la presse parlementaire. Ceux-là, «J’oublie» ne les avait pas oubliés… 01 Julie Boulet

Malheureusement, son petit bonheur n’a pas duré. Quand Stéphane Bergeron a rappelé à l’Assemblée nationale (ce qui restera donc dans le grand livre de l’histoire) son passage laborieux devant la commission Charbonneau, Mme Boulet a levé le majeur au ciel. Et ce n’était pas à la mémoire du patron des apothicaires, Saint Michel…

Le geste irrévérencieux a vite enflammé les médias sociaux et quelques minutes plus tard, la pharmacienne de Saint-Tite, chagrinée, s’est confondue en excuses. Elle est retournée ensuite au caucus, piteuse et soulagée d’en avoir fini avec cette journée merdique…

À la CAQ aussi on a eu droit à une bouffée d’émotions.

C’est passé sous le radar des médias mais Éric Caire, en questionnant le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a lancé à la cantonnade une citation de sa grand-mère : «L’ambition tue le cochon»…

Il y a eu un malaise de quelques secondes.

On ne savait pas trop si c’était une insulte ou seulement des propos politiquement incorrects. M. Caire joue souvent sur la ligne de l’inacceptable… Plusieurs on cru qu’il venait de traiter le ministre Barrette de cochon. Était-ce seulement l’effet de nos esprits tordus? Le président Jacques Chagnon a détendu l’atmosphère en faisant comprendre qu’il ne faudrait pas abuser des citations de la grand-mère de M. Caire…

Le brave Barrette, lui, a laissé courir. Mais il a dû débuter la semaine en défendant à nouveau son intégrité; l’ancien président du syndicat des médecins spécialistes dit représenter en ce moment les Québécois. À preuve, dit-il, les déclarations publiques de ses pairs…

En bon médecin qu’il est, il a fait une prédiction : les libéraux de Philippe Couillard obtiendront un deuxième mandat…

Peut-être. Mais aujourd’hui, le vernis a été grafigné, c’est un peu à cause de «J’oublie» Boulet!

Oui aux compressions !

- 12 mai 2014

Le PQ est en chute libre. On le sait, on le voit, on s’en lasse…austérité-578x216

Les élections sont passées et il me semble qu’on se mesure à l’évidence en faisant un sondage sur les choix de l’électorat, un mois après le scrutin.  Le Devoir de samedi m’a donc surpris: un sondage Léger place le PQ à 19 %. Encore heureux!

Mais bon, on ne peut pas soupçonner un journal indépendant comme Le Devoir de ne pas être indépendant… mais la manchette aurait certainement pu être : Oui aux compressions! Ou Oui à l’austérité!

Il est tout de même fascinant de constater que huit personnes sur dix appuient l’idée d’un contrôle serré, sinon une réelle «réduction» des dépenses!

Les Québécois devinent apparemment qu’on ne peut être moins riche mais dépenser plus que tout le monde…

Que dit donc le sondage Léger du Devoir?

1- 84% des personnes sondées appuient l’idée de réduire les dépenses de 3% (ce qui est nettement plus raqdical que ce que propose le libéral gouvernement Couillard);

2- 80% sont favorables à un gel de l’embauche des fonctionnaires. Seulement 5% des gens appuient le statu quo.

C’est-à-dire une hausse des impôts et des taxes pour «maintenir les dépenses à leurs niveaux actuels».

Enfin, dans le même esprit, 55% des personnes sondées sont d’accord avec un scénario catastrphe de «compressions de 3,7 milliards» dès cette année.

Il est étrange, n’est-ce pas, que l’opinion favorable à l’austérité très fortement majoritaire ne fasse pas plus son chemin dans les bulletins de nouvelles. On entend davantage parler des malheurs de Radio-Canada… Les détails du sondage touchant les compressions étaient incidemment précisés dans les 12e, 13e et 14e paragraphe d’un long article finissant dans la dernière page du premier cahier.public:privé

Mais rien n’est perdu pour les centrales syndicales : à 16% chez Québec solidaire, on est trois fois plus nombreux à vouloir garder le cap sur le modèle d’antan: taxer plus pour dépenser plus…. Le prétendu progressisme rime maintenant avec le conservatisme.

Par ailleurs, le tiers des Québécois appuient une hausse des autres taxes : essence, tabac, alcool, etc. Deux fois moins secondent une hausse des impôts, de la TVQ ou des tarifs…

Ce sondage tombe pile. Les centrales syndicales revendiquent une augmentation de salaire de 13,5% sur trois ans. Après cinq années consécutives de déficit, c’est une position tout à fait responsable, nous ne trouvez pas?