«Les murs ont des orteils»

- 19 novembre 2014

PKP-MichelDans un café de la Grande-Allée, une vague connaissance de la fonction publique me dit presque en riant :

-Il est rigolo, votre Péladeau…

- T’as pas idée! J’me roule à terre tous les jours.

- Vous pouvez pas l’appeler sur son portable? C’est vrai ça?

- On peut, on peut. Même s’il veut pas. On peut toujours. Il faut juste appeler pour les bonnes affaires. Les politiciens, quand ils se font chier, changent de numéro. Personnellement, j’aurais pas gaspiller le sien pour le Bloc.

- Le Bloc, le Bloc… il est pour ou il est contre?

- Le Bloc, je suis à peu près certain qu’il s’en fout, du Bloc… Comme tout le monde.

La conversation ne s’est pas éternisée. À la télé, on voyait justement PKP sur LCN…

Il expliquait aux journalistes qu’on ne devait pas l’appeler n’importe quand. Qu’il ne voulait pas répondre aux questions n’importe quand, ni n’importe où. C’est ici, quand je le dis, et cou-couche panier!

Tous les politiciens voudraient bien que l’on pose nos questions aux bons moments, quand ça leur tente. Entre 9h et 17 h idéalement, ce qui reposerait surtout les attachés et les zattachées de presse, plus éreintés les uns que les autres; ils sont d’ailleurs faciles à reconnaître à la télé, ils sont généralement plus jeunes, et plus cernés que les autres…

Le plus rigolo aujourd’hui, c’est la joie des libéraux qui se moquent de la passe d’armes de PKP avec les médias. Ils voudraient bien, eux aussi, ne pas se faire chier par les médias. Ça fait des années qu’ils en rêvent… Philippe Couillard voudrait bien qu’on lui demande pas de rendre des comptes sur l’usage de l’anglais en Islande… Les «side shows», ils aiment pas ça, les libéraux. Ils sont peut-être majoritaires mais ils sont parfois sensibles comme des poupons. Nous, on fait notre job. Même quand on nous fait la gueule.

Comme le dit narquoisement le libéral Pierre Moreau, des restrictions à la pratique journalistique venant d’un magnat de la presse, c’est inquiétant…

Je dirais plutôt temporairement déconcertant. Parce que tous les politiciens ont appris une chose bien simple: en politique, ils ont rarement le dernier mot. Les journalistes continueront à poser leurs questions, à qui ils veulent…

Et M. Péladeau apprendra bien assez vite que, si nous sommes plusieurs à avoir son numéro de téléphone personnel, c’est parce qu’au PQ, «les murs ont des orteils»…

PKP avale la pilule…

- 18 novembre 2014

Surprise! On s’attendait à de l’inédit, à quelque chose de différent. À quelque chose correspondant à l’idée qu’on se faisait de lui: pas froid aux yeux, déterminé, pugnace, et quoi encore!

Mais non, PKP est en train de devenir un vrai politicien. Le risque pour lui c’est d’adopter le style le plus ordinaire: celui qui change d’idée quand le vent se lève… ou que l’establishment réagisse défavorablement…

Après avoir dit une vérité toute simple, à savoir que le Bloc québécois ne sert plus à rien sinon qu’à justifier le fédéralisme, le député de Saint-bloc-quebecoisJérôme se dédit. Il avale la pilule de la rectitude politique souverainiste et se range à l’idée que le Bloc n’est pas inutile…

Ce n’est pas un constat qu’il a livré aux militants des Laurentides, il y a quelques jours. Ce n’était apparemment qu’une «interrogation»… La nuance ne leurre toutefois personne.

Et ça ne changera rien à l’évolution des choses et au sort qui attend le Bloc de Mario Beaulieu, inconnu du grand public, aux prochaines élections fédérales.

Le Bloc, qui fut jadis l’Opposition officielle aux Communes, n’est plus que le trognon de ce qu’il était. De quatre députés qu’il avait à Ottawa en 2011, il n’en reste que deux.

En fait, comme me le faisait remarquer un lecteur, il n’en resterait qu’un seul, Louis Plamondon, si Claude Patry n’avait pas quitté le NPD pour se joindre au Bloc en 2013. Élu sous la bannière orange, M. Patry terminera son mandat drapé dans le fleurdelysé…

Combien en restera-t-il aux prochaines élections fédérales? Probablement aucun. Ou peut-être seulement l’irréductible Plamondon…

M. Péladeau n’aura même plus besoin d’avoir une opinion sur le sujet…

Docteur Labeaume et le cyclotron

- 10 novembre 2014

trottoirOn n’aurait rien à redire si tout allait comme sur des roulettes. Si les trottoirs n’étaient pas tous lézardés, si les rues étaient dignes de ce nom, si on ne nous jetait pas la neige jusque dans les fenêtres… On n’aurait rien à redire si Québec avait l’air d’une capitale nationale. Et si les banlieusards n’étaient pas forcés de vivre comme des Inuits, six mois par année…

Ce «don» de la ville de Québec au Centre hospitalier universitaire de Québec, ce «don» de 5 millions (!) fait en notre nom par le maire Labeaume, il me reste sur la conscience comme un reflux gastrique… Difficile d’avaler ça. 5 millions! Tenez mon brave et stationnez ma voiture à l’abri de la pluie…

Labeaume a déjà dénaturé la capitale. Québec n’existe plus que dans l’idée que l’on se fait d’une ville. Une vieille ville botoxée par les illusions qu’elle nourrit elle-même.

Depuis quelques années, Québec est une fête, une longue fête de ceci ou de cela; Québec drôle, festive, alanguie comme une policière en leggings.

Philippe Muray  décrit parfaitement ce phénomène dans Après l’histoire. La ville en soi n’existe plus guère. Elle n’est telle que lorsqu’elle célèbre quelque chose. L’été, les gays, le Big Air, etc. Nous évoluons désormais dans «l’ivresse d’une impuissance euphorique et sénile». De gré ou de force.

C’est sous cet angle que j’interprète le geste du maire Labeaume. En novembre, il n’y a rien à fêter, sinon des morts. Alors une poignée de millions, y a rien de mieux pour détendre l’atmosphère… Ainsi s’ouvre l’ère du budget médico-festif.

Dans un haussement d’épaules, en souriant presque, le maire balaie les critiques. Comme un docteur. J’oserais presque dire un docteur libéral…

M.Labeaume a dit aux médias locaux qu’il se doutait bien que ça ne ferait pas le bonheur de tout le monde. Mais le maire rappelle que, s’il devait penser aux autres constamment, il ne ferait rien. Aussi bien les ignorer. Dans un contexte différent, Moravia explique en détail cette attitude dans un bouquin intitulé Le Mépris.

cyclotronChérissant sa certitude, le docteur en finances municipales s’invite allégrement à la table des grands : banquiers, patrons de compagnies d’assurance, gestionnaires de haut niveau et technocrates de haut vol, tous dévoués à l’achat d’un appareil médical dont le nom concorde avec l’air du temps: un «cyclotron».

J’imagine que Louis Vachon, le patron multimillionnaire de la Banque nationale, quand son médecin aura besoin de savoir ce qui ne va pas avec ses isotopes, il attendra pas à l’urgence; il arrivera tôt le matin et l’enfourchera s’il le faut, ce cyclotron. Ça vibrera peut-être autant qu’un ski-doo…

Pareil pour les autres notables photographiés dans une pub pour le financement de ce super machin. On leur dit merci. Merci à tous. Merci encore de cette charité faite à pleines pages.

Ça me donne envie de publier mes rapports d’impôt 2013… Question de rappeler que je donne aussi, des tas de fric, depuis des années, et ça vient pas du PTI…

Le maire Labeaume a dit vendredi qu’on paiera ce bidule un million par année durant cinq ans. Par le PTI. Le fameux Programme triennal d’immobilisations.

J’ai déjà demandé à Beauport-au-Prince que mon quartier et la chaine de trottoir devant chez moi soient inscrits au PTI. Un cadre de la ville, visiblement heureux d’avoir quelque chose à dire, est venu m’expliquer les dessous de la vie municipale:

«Vous serez pas au PTI avant un bon bout. Pas avant sept ans. Et je dirais même 14. Si ce n’est 21… Ça marche à coup de sept ans, le PTI»…

Je me suis dit que la seule façon d’être assuré de profiter de ce foutu PTI, c’est que le cimetière y soit inscrit un jour… Le PTI par la racine, si vous voulez…

césarLundi donc, c’était le retour de la fête ou presque. Le maire nous a expliqué sa modeste joie: on n’empruntera pas pour le cyclotron! On le paiera cash! Rubis sur l’ongle. Les doigts dans l’nez!

C’est effectivement presque festif tout ça et ça prendra peut-être un festival du cyclotron un jour!

Le maire Labeaume a trouvé cinq millions. Vendredi, on devait l’emprunter mais lundi, bingo! il y avait cinq millions qui traînaient dans le développement économique. Et qu’est-ce qu’on en a à foutre du développement économique?

Et cinq minables millions pour une ville comme la nôtre? Comparé au buffet budgétaire, c’est un pain de viande chez Pat Rétro. C’est un hors-d’oeuvre de banlieue sur la table du banquet fiscal.

Québec, c’est déjà Rome! Avec César, ses Romains et m’as-tu vu les ruines!

Du fait de la présence de notre super État, des milliards pleuvent chez nous chaque année en salaires payés par les Québécois de toute la Belle province. On peut bien leur payer un petit cyclotron…

Ça ne changera rien à l’état des trottoirs de toute façon…

 

Cynisme du lundi

- 10 novembre 2014

affiche

Le gars à la télé ne se casse pas la tête et pose sa question sans vraiment la formuler :

«C’est quoi votre réalité sur le terrain, l’austérité, les coupures»…

Et il tend son micro, sûr d’une réponse à «canner» facilement pour son topo…

La dame se sent instantanément en confiance et bla-bla-bla, et allo les clichés, vogue le navire des illusions et que les cons se le tiennent pour dit : l’austérité, c’est l’enfer et les coupures, je vous dis que ça saigne, des torrents de pleurs dans les corridors des hôpitaux et des écoles.

Sans parler des garderies; on disait le paradis des familles mais c’est là aussi un enfer, vous avez pas idée de la triste situation des femmes qui gardent des enfants, jour après jour; on n’avance pas, on recule.

Et ainsi de suite. D’une journée à l’autre, le même topo. D’un bulletin de télé à l’autre, le même message servi par des personnages différents. Mais toujours le même message : les gens du secteur public vivent l’enfer et méritent de gagner plus cher. Qu’on perde des emplois par dizaines de milliers dans le secteur privé, ce sera toujours pire même dans le secteur public… À condition de ne pas y regarder de trop près et de rester dans le domaine des préjugés et des mensonges.

Faut pas demander aux mécontents, ceux qui manifestent ces temps-ci, s’ils ne devraient pas faire autre chose dans la vie, ce serait politiquement incorrect et les Québécois aiment la rectitude comme jadis le petit Jésus dans la crèche. Pourtant, on passe pas sa vie à se faire chier dans un emploi apparemment déprimant: on fout le camp, on fait autre chose, on vit autre chose. À moins que ce ne soit qu’une parade, qu’une façon de faire les choses: chialer jusqu’à ce la majorité s’écoeure… Une vieilles stratégie, imitant celle d’un enfant gâté…Fonction publique

Toujours donc le même pétrissage de l’opinion publique, visant un seul et même objectif, l’établissement d’un socialisme de plus en plus radical mais qui n’ose pas porter son nom de crainte d’être vu comme il devrait l’être : l’émergence d’une sorte de Cuba du nord.

Un endroit où de plus en plus de gens chaque année travaillent pour l’État. Ce qui rend obligatoire le taxage de la majorité silencieuse…

Mais même les somnambules finissent pas frapper un mur.

Le somnambulisme budgétaire du Québec fait en sorte que chaque année on dépense 10 000 millions de plus que les Ontariens en services sociaux. C’est bien ça : 10 milliards, et même un peu plus parce que les chiffres datent déjà de quatre ans. 10 000 millions de plus chaque année pour une population 50% moins nombreuse. Une population moins productive, plus endettée, plus taxée, etc. Moins riches, plus endettés, plus dépensiers… Ça ne pourra durer éternellement, même si on en parle pas dans les nouvelles télévisées…

Malgré cet écart dans la dépense, malgré toute la panoplie de services, de programmes, de subventions, etc, ce n’est pas assez.

On parle donc d’austérité. Même si c’est totalement faux.

Nous ne sommes pas en période d’austérité. Les dépenses augmentent, comme l’an dernier, comme l’autre avant, et ainsi de suite depuis toujours; le Québec n’a jamais véritablement vécu l’austérité. Le Québec est en amour avec la dépense: plus qu’hier et moins que demain.

Crise-dette-Grèce-EuropeMais dans l’esprit de certains, et en vertu de dogmes défendus par les apprentis marxistes, ne pas dépenser à gogo, ne pas dépenser sans entrave, mais ne pas dépenser sans réfléchir, en toute liberté, c’est de l’austérité.

Tout ce qui constituerait la retenue normale d’une société normalement prudente est associé à de l’austérité.

Dans l’intérêt de qui ce mensonge est-il répété chaque jour?

J’ai l’absolue conviction que les décisions que nous refusons de prendre s’imposeront d’elle-même. La démographie obligera des actions concrètes et les grands prêteurs nous lâcherons, en exigeant des taux d’intérêt ruineux.

C’est un fait disons apolitique. Ça n’a rien à voir avec la couleur du gouvernement au pouvoir. Un jour ou l’autre, le gouvernement ressemblera à un syndic. Il sera libéral, caquiste ou solidaire mais il sera devant l’insoutenable réalité financière du Québec. Il devra parer au pire et réduire ses dépenses.

Le PQ? Vous dites que j’ai oublié le PQ? J’en reparlerai un autre jour du PQ; j’en ai marre des blagues sur le pays. Plus personne n’en rit d’ailleurs… On joue au pays déjà depuis si longtemps, qu’on a envie d’autre chose…

C’est comme un film qu’on a vu, revu, et revu encore et encore. Alors passons à autre chose.

De toute façon, la réalité nous attend…

Gênant!

- 4 novembre 2014

hollande-couillard2Je sais pas s’ils le font exprès mais on dirait qu’ils sont incapables de ne pas se foutre les pieds dans les plats quand il est question du Québec.

Les conservateurs ne sont pourtant pas cons. Enfin, pas tous.

Alors qu’est-ce que c’est que cette idée farfelue de rebaptiser le pont Champlain? Champlain, Chose!, on ne le remplacera pas par le Rocket.

On est pas dans la même dimension.

Champlain, c’est dans l’ADN historique du Québec. Maurice Richard, c’est une vedette du hockey qui a fait quoi au juste à part compter des buts, s’essayer comme coach avant de rentrer chez lui, retraité. On en a fait un martyre. La LNH l’a traité incorrectement, Molson l’a exploité, mais ce n’était pas un martyre. C’était un Québécois de son temps.

Le président français François Hollande a certainement apprécié cette controverse pour ce qu’elle est. Une chicane surréaliste à laquelle il ne voulait pas vraiment participé. Gênant!

«La France ne fait pas pression pour qu’on baptise ou qu’on débaptise des ponts, des rues ou des avenues»…

Il a ajouté, avec une finesse qu’on ne voit pas souvent en politique locale : «les autorités fédérales sauront trouver les bons noms pour porter les bons espoirs et les bons messages au peuple»…sioux

Le premier ministre Couillard ne veut manifestement pas indisposer le gouvernement Harper. Le budget du Québec serait foutu si les transferts fédéraux devaient être réduits… Il n’ose donc pas présumer de la «décision qui appartient au gouvernement fédéral».

Il ajoute toutefois, prudent comme un Sioux : «Ce qui est regrettable c’est qu’on met en opposition un peu artificielle deux personnages importants pour des raisons différentes».

Des raisons tellement différentes que c’en est gênant.

Par ailleurs, ce qui aurait pu être demandé au président français n’aurait peut-être pas été d’une exquise politesse:

«Vous allez d’abord en Alberta, où on sait que des entreprises françaises investissent des milliards, mais vous venez au Québec négocier des droits de scolarité à rabais pour les étudiants français? Ça ne vous gêne pas ce traitement inéquitable que vous réservez au Québec

Mais si peu de temps avait été consacré aux médias que cela fut impossible, évidemment. Et puis, selon la tradition, on préfère les débats superficiels quand on a de la visite, comme ça on risque rien.

En conclusion, cette visite du président de la république française passera à l’histoire comme l’une des plus insignifiantes. Il repart ce soir. Tant mieux.