Précaution devant l’abîme…

- 14 septembre 2014

charLa commission Charbonneau est terminée. Ce qui en reste ne nous apprendra pas grand chose…

On ne doute d’ailleurs plus de l’essentiel: le Québec était corrompu sans bon sens…

Les Québécois se faisaient fourrer par tout un chacun, à grande échelle, par les ingénieurs, les entrepreneurs, les syndicats, les fonctionnaires, la mafia, dans une sorte de gang bang subventionné par la majorité silencieuse, taxée jusqu’à l’indécence, mais soumise, docile, inoffensive… Ce qui fait surgir une question : peut-on faire un pays quand le caractère fait défaut?

Ce qui surprend les dégourdis, c’est l’arrêt des interrogatoires, tout juste avant d’atteindre le sommet de la pyramide: comme si on ne voulait pas diriger la lumière sur le vrai visage de la gangrène, et vers ceux qui, au fil des ans, l’ont érigée en système.

Marc Bibeau, le multimillionnaire du béton, grand boss du financement sectoriel du Parti libéral du Québec, eh bien ce monsieur, on ne le verra pas répondre aux questions devant tout le Québec.bibo

Pourquoi lui épargne-t-on ce supplice? Est-il trop occupé pour daigner répondre à des questions du genre: Pourquoi alliez-vous au caucus libéral? Les exposés «power point», c’était pourquoi au juste? Il servait à quoi au juste, le fric?

Il y a aussi l’ex premier ministre Charest. On ne le verra pas non plus mais il avait sans doute des choses à dire sur tout ça.

On se dit probablement que le bon peuple sera satisfait d’avoir vu et entendu Nathalie Normandeau et Julie Boulet, des personnages secondaires, manifestement jetées en pâture aux médias pour nous donner la mesure… Et bonne conscience à la commission…

Même le témoignage des perroquets d’Hydro-Québec avait de quoi donner la nausée; l’insignifiance a atteint alors des sommets. Allons donc! Le plus important «donneur d’ouvrage» qui soit aurait, lui, toujours marché droit, en échappant aux influences politiques et autres? Fermez les yeux et vous entendrez Franco Fava rire dans sa Ferrari…

On dirait qu’il avait été prévu de ne pas aller trop loin. Rien n’explique encore cette étrange décision de la juge France Charbonneau.

On raconte dans les officines où les couteaux volent bas que la brave dame prendra sa retraite une fois son rapport complété. Pour elle, c’en sera fini; viendra alors la belle vie, les croisières en Méditerranée, le doux vent du large emportera notre déception… Mais la pensée qu’elle n’aura pas fait entrer le train en gare nous hantera longtemps…tony

«On ne fait pas le procès de personne», a rappelé la semaine dernière la procureure Sonia Lebel dont la performance devant le suave Tony Accurso a été pour le moins décevante.

-Avez-vous payé un pizzo à la mafia, M. Accurso?

- Ben non, j’ai jamais payé personne…

Espériez-vous, vraiment, qu’avec une question aussi naïve, le plus important entrepreneur en construction du Québec tombe dans le panneau et réponde comme un parfait imbécile:

-      Ben oui, j’ai payé le pizzo à Vito, pis à Nick, ils pourront pas confirmer, sont morts anyway, mais je faisais attention de ne pas aller au café Consenza parce que c’était surveillé par la police. Pis le vieux Rizzuto remplissait ses bas avec des bills de cent, alors je mettais pas les pieds là mais bon, pour le reste, j’ai fait comme les autres. You know, j’avais peur, pis j’avais pas envie de finir dans le ciment d’un trottoir ou que mon Touch saute aux Barbades.

 Finalement, le gluant Accurso est sorti de là quasiment glorifié. Peut-être achèvera-t-il sa réhabilitation à Tout le monde en parle… Ça lui vaudrait sans doute d’autres chroniques libidino-révérencieuses.

johnnySon téléphone a dû sonner maintes fois ces jours-ci. Ses chums, ses «frères», les pique-assiettes professionnels de la FTQ, les parasites patentés du syndicalisme moderne, les escrocs de la finance subventionnaire, ils ont tous dû lui dire bravo, bravo, bravo Tony, t’es un vrai, tu les as roulés dans la farine comme des beignes…

J’imagine le gros Johnny rigolant dans son La-Zy-Boy, la trempette sur sa bedaine de bière, croquant carottes et céleris en regardant son chum à la télé… Il se bidonne sans doute autant en regardant le solde de ses comptes bancaires…gilles-surprenant

Tout cela laisse les Québécois abasourdis. Sonnés par l’ampleur de la corruption et, surtout, dégoûtés par l’amoralité de ses élites. L’injustice institutionnalisée rend le cynisme incurable.

La commission Charbonneau aura finalement épinglé des fonctionnaires (à la retraite), des seconds rôles politiques, des syndicaleux sans scrupules, des entrepreneurs contrits et des ingénieurs repentants mais, on devine qu’il y avait plus… Que le courage a manqué.

On a mis un pied dans la vase mais on n’ira pas plus loin. De peur de s’y engloutir… Sans doute le principe de précaution devant l’abîme.

L’insoutenable légèreté libérale

- 17 juillet 2014

gaetan-barrette_liberalImpossible de ne pas se désoler de l’affaire Bolduc. De ne pas en avoir marre de ce genre d’abus du fric collectif.

Yves Bolduc, médecin et ministre de l’Éducation, s’en est mis plein les poches quand il était député de l’opposition. À deux mains dans l’assiette au beurre. Médecin, député, gratiné des deux bords…

«Travaillant», dit-il de lui-même, l’abbé Pierre des honoraires.

Qui ne le serait pas dans les conditions qu’il avait édictées alors qu’il était ministre de la Santé? N’importe qui serait «travaillant» avec 215 000 $ en sus reste…

Une prime pour faire sa job, c’est curieux quand même. Et c’est ça qui emmerde le contribuable moyen, de plus en plus moyen d’ailleurs, et à cause des honoraires…

Une prime en plus des honoraires réguliers de la pratique médicale, en plus d’un salaire de député et des multiples allocations dont profitent les élus de l’Assemblée nationale… Iphone, portable, et tutti quanti… Il reste quoi à payer? La tarte aux pommes, les pneus d’hiver et les bobettes…

C’est vrai que député de Jean-Talon, quand on est «travaillant», c’est décevant. C’est presqu’un hobby, le job de député,  pour un Doolittle hyper actif. C’est un peu comme député d’Outremont ou de Mont-Royal. Y a pas grand monde aux portes du bureau de comté; les cas d’aide sociale, de CSST, de curatelle ne sont pas courants en haute ville… Les pleins ont un seul véritable malheur: l’impôt.

Il y a quelques incontournables, comme partout ailleurs. Des comités de loisirs à gratiner ou des organismes communautaires à subventionner ; un chèque discrétionnaire par-ci par-là, des fonds tirés du programme de soutien à l’action bénévole; c’est une discrète petite caisse, gérée par le ministère de l’Éducation, et qui permet au député de se faire valoir sans que ça lui coûte un sou… La générosité, ne vous en faites pas, est subventionnée. Comme le reste. Le fromage à pâte molle, les échecs informatiques et les voyages en train du sous-ministre adjoint. Je ne serais pas surpris qu’on finance la lecture de Kundera; la Fête de l’insignifiance y prendrait tout son sens…

Le contribuable moyen devine tout de même que ça ne va pas bien au buffet des fonds publics. Et cette affaire, l’affaire Bolduc, l’a tellement écoeuré qu’elle ne mourra pas de sa belle mort parce que le champion du stéthoscope, pris la main jusqu’au poignet dans la bonbonnière, remboursera une partie de son magot. (Remarquez qu’il ne l’aurait pas fait s’il n’avait pas fait la manchette…)

Elle va coller au talon de Philippe Couillard comme une gomme à mâcher. Parce que non! Ce n’était pas une «grosse tempête dans un bien petit verre d’eau». C’est apparemment comme ça qu’on a vu les choses chez les docteurs…

Ce sera bientôt drôle de les voir parler dans le vide. De faire des bulles à la télé…

De les entendre supplier les Québécois de croire à l’austérité, à la responsabilité budgétaire, à faire plus avec moins. De faire différemment que les médecins qui en font de moins en moins pour toujours plus…bolduc

Bolduc l’a foutu en l’air, le message d’austérité. Pfftt! Zip! Kaput!

Ce sera rigolo de les voir parader, l’air simili contrit, et de les entendre, les docteurs Couillard, Barrette, Bolduc, dans les prochaines négociations avec les employés du secteur public. S’il y du fric pour l’aristocratie médicale, pourquoi n’y aurait-il pas pour les autres ? Parce qu’il n’en reste plus ? Non! C’est pas possible! Et c’est à cause de ça, l’austérité?

Le gouvernement Couillard est dans de sales draps et le temps n’arrangera pas les choses.

La moindre coupe à l’aide sociale sera mesurée avec la prime de Bolduc, cinq fois moins importante que celle de 1,2 million, empochée par Barrette Gaétan, médecin-ministre de la Santé, et hautement estimé par son syndicat médical! Ça facilite la rupture, paraît-il, et les cons ne doivent pas en faire une «tempête dans une flûte de champagne»…

L’affaire Bolduc nous autorise tout de même à exiger que soient dévoilés tous les privilèges – les honoraires, les frais connexes, les tarifs en douce ou en cash- consentis aux médecins ces dernières années. Les moins «travaillants» au Canada, a-t-on appris récemment. Parce qu’il n’y a pas que des primes dans les ententes négociées. Il y a des PPP nouvelle sauce. De petits privilèges particuliers, et surtout fiscalisés. Négociés dans le dos des contribuables, évidemment. D’ailleurs, on ne sait trop rien des actuels pourparlers et ça n’augure rien de bon cette tradition du silence politico-médical… La santé, avec ses milliards et ses multiples secrets, ressemble de plus en plus à l’UPA…

Tout ça, à mon avis, est très intéressant et j’ai vraiment hâte à l’automne. Surtout que le Front commun, rebaptisé Alliance intersyndicale pour nous épargner des décennies de mauvais souvenirs, fourbit ses armes et s’apprête à nous faire pleurer sur le triste sort des employés de l’État… Parce que la sécurité d’emploi n’empêche pas l’insomnie; on dort mal partout, c’est connu. Et tellement triste.

En attendant, quand je pense à Bolduc ou à Barrette, aux primes et aux salaires que se donnent les tenants du pouvoir, je tape sur des pieux en serrant les dents,  je place et replace des dalles de béton que la colère rend plus légères…

Grâce à l’aristocratie sanitaire, je suis plus «travaillant» que de coutume et, demain ou après-demain, ma terrasse sera d’une solidité exemplaire…

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J’y retourne de ce pas, ça suffit pour aujourd’hui. Restons zen, restons calmes, comme à la Régie du cinéma ou à la Commission de toponymie…

Allez, bon vent, bonne journée. Les gens heureux n’ont n’a pas besoin d’une prime pour apprécier la vie et les plus humbles boulots…

Le brouillard se lève sur le fleuve, les corbeaux jacassent dans les épinettes et mes outils semblent impatients…

Quand j’aurai terminé, je retournerai à la pêche. Là où y a personne…

À +

 

Marois, la droite et l’Outaouais

- 9 juin 2014

pineaultJ’ai sursauté. L’extrême droite? Hein, quoi! Genre des nazis? Des fascistes? Des violents comme en Europe? Ah bon! J’ai peut-être manqué quelque chose… Peut-être se passe-t-il autre chose que la poursuite pépère des affaires courantes. Il me semble pourtant que le Québec est tout à fait calme.

Le voile islamique ne l’inquiète plus, les Pineault-Caron ont repris le maquis et la commission Charbonneau fait défiler les témoins dans l’indifférence générale.

Et aussitôt qu’on invoque publiquement un contrôle des dépenses, le tollé autorisé s’exprime et impose le silence. L’extrême droite est peut-être partie en vacances jusqu’à l’Halloween…

droite

Alors à quoi Pauline Marois fait-elle référence? Peut-être s’est-elle empêtrée dans un cliché : tout ce qui ne concorde pas avec les intérêts du national-syndicalisme est forcément déplorable… Et doit naturellement être disqualifié, et de la pire façon…

Pourtant, au Québec, pour voir un fascisme s’exprimer de temps à autre, c’est à gauche qu’il faut regarder. On l’a vu durant la crise étudiante; cet aspect de la violence organisée n’a malheureusement pas été montré par la commission Ménard… On a vaguement parlé des autobus de la CSN, du soutien syndical à la «manif-action» de  Victoriaville mais, sur l’essentiel, du vent…

Secondé par l’ex présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, l’ancien ministre péquiste ne se sentait peut-être pas obligé d’aller si loin dans la recherche de la vérité. Les sources de la violence de 2012, on les connaît quand même, M. Ménard doit bien s’en douter lui aussi. On les reverra bientôt, à la faveur des négociations du secteur public.

Or donc, dans la plus pure tradition péquiste, Pauline Marois a laissé tomber une énormité en quittant la scène pour de bon, à Drummondville, samedi.

À savoir que le Québec ne serait pas à l’abri d’une montée de l’extrême droite parce que sont menacées par la critique du statu quo les grandes mesures sociales qui distinguent le Québec, les mesures les plus coûteuses et mises de l’avant par des gouvernements péquistes…

L’extrême droite, rien que ça… Mais il faut savoir ce que c’est l’extrême droite.pauline

En Europe, les mouvements d’extrême droite sont surtout ligués contre l’immigration. Rien à voir avec les appels (polis) à la retenue fiscale entendus au Québec, émanant parfois d’experts qui n’ont absoluement rien de fasciste: profs retraités, universitaires, chambreurs de commerce,  choristes officiels du patronat, etc.

Des gens bien gentils en général. Je ne me souviens pas d’avoir vu récemment une manif du Front de libération des contribuables.

Ici, dans l’idéal de La Belle Province, les seuls élans apparentés à l’extrême droite ont été perçus lors du débat sur la charte des valeurs québécoises, justement mise de l’avant par Pauline Marois. Elle n’y avait peut-être pas pensé, sans doute déconcertée par le laïus de Lucie Laurier…

Mais autre chose m’a frappé dans son discours, le dernier avant le long silence.

Pauline Marois a confié que c’est en Outaouais qu’elle est devenue souverainiste. C’est là, a-t-elle dit, qu’elle a pu voir comment on perdait sa langue et sa culture. Chiche, c’est plaisant l’Outaouais. Faudra «faire sûr» d’aller y voir…

J’imagine les grimaces et le malaise des électeurs de cette région en entendant ça… Certains, là-bas, y verront sans doute un affront.

Mme Marois a sans aucun doute assuré des années de succès politique au PQ dans l’ouest du Québec. Mais bon, je sais, ça ne changera rien.

Un faux budget?

- 3 juin 2014

marceauLe rapport du Vérificateur général rendu public mardi n’est pas tendre envers le gouvernement de Pauline Marois.

De toute évidence, il a sous-estimé de plusieurs milliards le déficit budgétaire du Québec.

Pauline Marois avait beau dire que tout était cachère, la vérité est toute autre.

Selon le VG, au 7 avril dernier, les dépenses n’étaient pas sous contrôle mais en forte progression et les revenus étaient sous-estimés. Les salaires et les retraite des employés de l’État en hausse, naturellement, tandis que les revenus des entreprises étaient encore surévalués de plusieurs centaines de millions.

Sont donc passés sous le radar péquiste au moins 4 milliards de dépenses; l’écart entre les revenus et les dépenses a été établi à seulement 1,7 milliard.

Cette cible budgétaire, selon le VG, n’était tout simplement «pas raisonnable».

Pourquoi avoir agi ainsi? Et surtout, l’a-t-il fait sciemment? Pour ne pas avoir à expliquer ce qu’il faut faire…

Le rapport du VG vous permet de tirer les conclusions qui s’imposent.

Voici un passage crucial :

«Les efforts à fournir de plus de 3 milliards pour atteindre l’objectif de dépenses (et un déficit de 1,7 milliard) étaient connus lors du Point (novembre 2013) et du Budget (Février 2014).

Pourtant, ces documents ne présentaient :

- ni le montant total des efforts à fournir;

- ni les indications claires et complètes quand aux mesures envisagées pour atteindre l’objectif ambitieux relatif aux dépenses de programmes pour respecter le solde budgétaire prévu».

Le VG précice pourtant que, un mois avant le budget Marceau, «l’information produite par le Secrétariat du Conseil du trésor faisait état :

-     d’efforts à fournir de 3,5 milliards;

-     et d’efforts demandés aux ministères de 1,8 milliard».

Ce qui veut dire que le gouvernement Marois avait une bonne idée du marasme réel des finances publiques.20140603_140301

Le rapport du VG déposé à l’Assemblée nationale mardi précise encore que, dans l’état actuel des choses, le gouvernement est confronté à des dépenses imcompressibles, obligées par les conventions collectives :

-     1,6 milliard de plus au chapitre de la rémunération, dont 1,2 uniquement dans le réseau de la santé;

-     575 millions pour les régimes de retraite des employés du secteur public;

-     84 millions a ajouter au régime de retraite des cadres;

-     94 millions en sous-évaluation de dépenses;

-     150 millions pour l’assurance médicaments;

-     110 millions pour l’assurance autonomie;

-     112 millions pour Mégantic;

-     44 millions pour les élections d’avril ;

-     42 millions en sus à l’aide sociale…

Cela est sans compter les risques habituels de rater les cibles de dépenses et des revenus.

Alors quoi? Pourquoi avoir fait ça?

L’ex ministre des Finances, Nicolas Marceau, a expliqué que le VG établissait son rapport sur un «déficit potentiel», que les dépenses n’avaient pas été autorisées…

Allons donc! Dans son budget de février, les dépenses de programmes passent de 63,8 milliards à 65,1 milliards. Une hausse de 1,3 milliard.

Pourtant, uniquement en rémunération et en cotisations additionnelles aux régimes de retraite des employés de l’État, on franchit le cap des deux milliards… Le budget de février était visiblement erroné, ou était-ce carrément un faux?

Le gouvernement Marois avait-il prévu geler les salaires et ne pas combler les déficits actuariels des régimes de retraite des employés de l’État?

Ou avait-il simplement préféré ne pas dire ce qu’il est était véritablement… On comprend mieux aujourd’hui pourquoi il n’a pas déposé les crédits budgétaires des ministères et des organismes publics comme le font les gouvernements responsables depuis toujours…

«Pas de scandale» !

- 28 mai 2014

pastillesQuand on ne sait plus où trouver du fric, on commence par couper là où ça ne fait pas mal. Dans le luxe, dans l’inutile. Dans l’accessoire et le superfétatoire.

Dans les primes de rendement – pour des monopoles? Absurde! -, dans les formations ésotériques -le dépassement de soi en temps de crise…-, dans les augmentations de salaire hors normes – les plus hauts fonctionnaires sont d’un sans-gêne désolant…

On finit par en trouver du gras, quand on en cherche…

Quand on s’attarde aux détails, quand on n’avale pas les clichés de la gogauche, les opinions zélées de celles zé ceux qui annonçent depuis dix ans l’agonie du modèle québécois. (Les habituels choristes oublient les effectifs de l’État toujours plus nombreux et la progression continue des dépenses publiques…)

À gauche, pourquoi manque-t-on à ce point d’imagination? Il devient fascinant, ce point de vue, toujours le même, sur l’évolution du Québec qui ne se déploie que par la dépense publique et la multiplication des programmes sociaux…

Nous en sommes à dix mille millions de dépenses de plus chaque année que la moyenne canadienne. 10 000 millions ! Il en faudrait encore?

La gauche oublie que les jeunes auront bientôt un fardeau fiscal scandaleux à porter.

Malheureusement, on ne peut pas applaudir à la détermination du nouveau gouvernement libéral qui n’a manifestement rien de nouveau en soi.leitao

Par exemple, aux yeux du ministre des Finances, Carlos Leitao, la SAQ agit avec équité et discernement en offrant à ses employés et à ses anciens employés (!) des rabais de 40% sur leurs achats. «Il n’ y a pas de scandale», a-t-il dit aujourd’hui.

Sans doute préfère-t-il fermer les yeux sur l’idiotie d’une telle tradition. L’aveuglement volontaire est le réflexe habituel des politiciens moyens.

Alors quand on vous parlera des valeurs québécoises, de la solidarité, de l’équité, de l’évasion fiscale, pensez aux rabais intramuros de la SAQ, syndiquée à la CSN…

La SAQ estime de plus qu’il ne s’agit pas d’un avantage imposable. Pourquoi? Tout simplement parce qu’un rabais de 40% lui permet toujours une marge de profit… C’est bien pour dire! Comme le vin vendu à rabais à un retraité de la SAQ n’est pas inférieur au prix coûtant, on s’entend donc pour dire qu’il n’y a pas d’avantage fiscal pour son bénéficiaire.

Évidemment, le simple mortel tondu par le fisc, lui, doit payer la totale : un Bordeaux à 20$, il le paiera 20$. Les bienheureux de la SAQ, eux, la paient seulement 12 $. Au bout de l’année, ça fait un joli total. 500 $ annuellement durant vingt ans, ça paraît…

Quand on se noie dans la dette et les déficits, de tels abus ne devraient tout simplement pas être permis. Ce n’est pas une question strictement financière, sans doute que l’abolition de ces rabais ne nous remettrait pas à flot collectivement, mais les interdire aurait valeur de symbole : nous sommes tous dans le pétrin et les efforts doivent être assumés par tous. Par les gens de la SAQ aussi.

Voilà pourquoi la déclaration de Leitao est déprimante. Les privilèges, malgré la situation dramatique des finances publiques, restent intouchés.

Mais l’État agit avec tant d’indulgence envers lui-même alors qu’il s’attaque à la petite monnaie des chauffeurs de taxi et des serveuses de restaurant, il incite à la colère et nourrit le cynisme.

Les rabais de la SAQ à ses employés et, surtout, à ses retraités, sont franchement imbuvables. Comme la déclaration du nouveau ministre des Finances.