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Un sondage ne fait pas le printemps…

- 10 mars 2012

 

marois

Dans son bouquin intitulé Fin de cycle, le sociologue Mathieu Bock-Côté rend un verdict impopulaire: «Les Québécois n’ont pas peur de la souveraineté. Elle les indiffère».

Selon lui, les militants du «souverainisme officiel» ont trop longtemps confondu (en la défavorisant) l’émancipation nationale avec l’émancipation sociale.

Quand on voit de retour aux premières loges de la résurrection, Claudette Carbonneau et Gérald Larose, on peut effectivement se demander si Pauline Marois cherche vraiment à créer des conditions gagnantes… 

Elle répète qu’il y aura un référendum quand le Oui sera certain de gagner. Ce n’est pas très motivant. Aussi bien dire que cela n’arrivera jamais…

Un sondage ne fait pas le printemps… d’un peuple. Avec 33% des intentions de vote, le Devoir claironne aujourd’hui que le PQ est en territoire majoritaire. C’est bien pour dire, encore récemment, la manchette faisait état de la disparititon prochaine du PQ… Et bien il ne disparaîtra pas. C’est l’idée du pays qui finira pas s’émousser au point de ne plus nous intéresser… Parce que rien n’est en marche, ne vous illusionnez pas…

Paralysés par la peur d’un ultime échec, les souverainistes professionnels mettent tout de même des bûches dans le poêle en diabolisant Stephen Harper. Jeudi, jour dédié au féminisme, Mme Marois a lancé, le plus sérieusement du monde, que les Québécoises doivent craindre le gouvernement conservateur. Dans son esprit, un Québec indépendant sera un endroit plus sûr…

«Le plus grand risque pour les Québécoises, a-t-elle dit, n’est pas la souveraineté, c’est de demeurer dans ce Canada qui nous fait reculer! »

Tout ça n’est que parade, un faux-fuyant, on le sait. Harper n’est pas un obstacle à un troisième référendum, au contraire… En vérité, on ne sait plus comment convaincre les Québécoises à quitter le «paradis des familles»; qu’ont-elles à gagner de l’indépendance?

Pour le moment, les pros du souverainisme officiel sont satisfaits: les sondages sont rassurants et consulter leur donne l’impression d’agir.

Le comité de mise à jour des études de faisabilité de l’indépendance ou la commission dite nationale des États généraux, créés dans l’indifférence générale, ne sont toutefois pas liés à un échéancier quelconque ou à une obligation formelle de résultats. Ne nourrissez donc pas de trop grands espoirs: le Québec n’a pas rendez-vous avec l’Histoire.

Il lui manque un leader «national», au sens que l’entendait jadis le chanoine Lionel Groulx.

Il faudrait qu’apparaisse une «personnalité providentielle», un Churchill, un Gandhi ou un Mandela, estime l’écrivain Paul-Émile Roy.

«Si Trudeau avait été indépendantiste, le Québec serait indépendant depuis longtemps. Les leaders de l’option indépendantiste ont manqué de conviction, de détermination. Ils ont démissionné au moment où il fallait passer à l’action», écrit-il dans «La Crise spirituelle du Québec», un petit ouvrage percutant, paru il y a quelques semaines.

Pessimiste, M. Roy ne voit pas comment le Québec sortira du cul-de-sac dans lequel il étouffe. «Le Québec actuel se perçoit comme une réussite alors qu’il sombre tous les jours un peu plus dans le vague, dans l’inconsistance»… Lui aussi croit, un peu comme Bock-Côté, que le Québec a erré en reniant son héritage historique, en particulier dans l’éducation.

Gilles Duceppe invoquait récemment l’assimilation des Québécois. On n’en a pas parlé longtemps; ce tabou crée un malaise facilement compréhensible. C’est un peu comme parler de la mort…

Lionel Groulx estimait en son temps que «nous appartenons à ce petit groupe de peuples sur la terre –combien sont-ils? Quatre ou cinq ? – au destin d’une espèce particulière: l’espèce tragique. Pour eux, l’anxiété n’est pas de savoir si demain ils seront prospères ou malheureux, grands ou petits; mais s’ils seront ou ne seront pas; s’ils se lèveront pour saluer le jour ou rentrer dans le néant»…

Ce n’est pas le genre de choses que vous entendrez dans la bouche des souverainistes professionnels; leur optimisme est peut-être faux mais ils y tiennent…

Mathieu Bock-Côté estime que le naufrage (de la Cause) est évitable. Encore faut-il que ceux qui détiennent les premiers rôles admettent que le Québec voulu par la majorité n’est pas celui promu par l’élite progressiste qui noyaute et instrumentalise le projet d’indépendance depuis des années.

Bock-Côté, toujours dans Fin de Cycle, pointe du doigt, sans les nommer, ceux qui portent faussement leur épinglette: «La souveraineté sert pratiquement d’alibi à ceux qui n’ont pratiquement plus rien d’authentiquement nationaliste à proposer à l’électorat, mais qui tiennent à battre pavillon québécois»…

Le PQ, à son avis, s’est éloigné de la trajectoire et des fondements naturels du Québec «historique». Selon Roy, nous sommes devant un «vide national déshonorant».

Sur Twitter, cette semaine, l’ex député péquiste Benoît Charrette écrivait à l’intention des apparatchicks de Pauline Marois que les autorités du PQ n’osent pas dire la vérité aux militants.

Si les péquistes parlent de souveraineté, ce n’est pas parce qu’ils y croient plus qu’hier, c’est uniquement parce que les élections approchent. «C’est leur seule porte de sortie. Ils maintiennent le chaud et le froid. S’ils ne disent pas clairement qu’il n’y aura pas de référendum, c’est parce qu’ils craignent la démobilisation des militants», explique M. Charrette. Mais ceux qui se souviennent de 1995, de l’atmosphère qui régnait alors sur le Québec ne sont pas dupes.