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La «ligne de force»…

- 17 mars 2012

François Legault a quasiment commis un crime de lèse-majesté en proposant cette semaine l’abolition du Fonds des générations. C’est la « ligne de force » du gouvernement en matière de finances publiques, a répliqué le premier ministre Charest, presque vexé.

charest

Plusieurs se sont sans doute demandé de quoi ils parlaient. Le Fonds des générations fait rarement la manchette, c’est vrai. Ce fut pourtant le seul résultat tangible du Sommet de 2004. Jean Charest, installé au pouvoir depuis quelques mois, la chemise roulée sur les bras, avait alors plaidé ardemment pour une réduction de la dette.

Fonds théorique

Mais sept ans plus tard, on ne peut pas dire que ce fonds a eu jusqu’ici un grand succès, même au ministère des Finances.

Le Fonds des générations est pour ainsi dire théorique. Car la dette a augmenté et continue d’augmenter dix fois plus vite que ce fonds pourtant destiné à la rembourser.

Ce n’est qu’en 2006-2007 qu’on a commencé à y mettre de l’argent. À peine 4,3 milliards depuis ce temps alors que les déficits budgétaires ont totalisé 17,3 milliards. C’est donc dire que, pendant que le gouvernement tentait de renflouer son Fonds des générations, il permettait des dépassements budgétaires quatre fois plus importants.

Impact cosmétique

Pas étonnant que le chef de la Coalition Avenir Québec trouve l’exercice futile. M. Charest a beau dire que les agences de crédit applaudissent à son inititative, son impact réel sur les finances publiques reste toujours marginal, voire cosmétique.

De toute évidence, il faudra plusieurs générations pour rembouser une dette publique de 245 milliards avec un fonds qui ne recueille que des peccadilles.

Le Vérificateur général lancait un avertissement limpide, il y a quelques jours : «Le Québec est la province la plus endettée au Canada». Mais personne n’ose attaquer ce problème de face.

François Legault suggère de commencer à rembourser la dette, pas à mettre quelques milliards dans un fonds auquel on n’accorde que peu d’importance. Le chef de la CAQ rompt ainsi le lourd silence de nos élites sur l’endettement accéléré du Québec.

«Rembourser la dette» est contraire au discours politique habituel. On y fait référence de temps à autre, sans plus. Comme si on ne savait pas trop quoi faire de cette mauvaise habitude.

Depuis 1972, la dette augmente inexorablement. Les déficits accumulés, soit l’excédent des dépenses sur les revenus, totaliseront bientôt 114,7 mlliards. La dette publique est deux fois plus élevée que ça, ne l’oubliez pas. Le Fonds des générations n’a qu’un effet cosmétique sur le passif global. En fait, il s’agit plutôt d’un objet de défense politique parce qu’il n’a aucune incidence sur la progression de la dette.

Ce que le gouvernement a mis en cinq ans dans ce fonds a été creusé en déficit en une seule année. La dette a été gonflée de 10,1 milliards au cours de la dernière année, a d’ailleurs constaté le Vérificateur général au 31 mars 2011.

Affirmation risible

Alors prétendre que le Fonds des générations est une des «lignes de force» de la démarche du gouvernement vers le retour à l’équilibre budgétaire est pour le moins décevant. Quant à l’affirmation voulant que cette initiative s’inspire d’une volonté «d’équité intergénérationnelle», elle est franchement risible…

La dette, au Québec, c’est un tabou. C’est le cadavre dans le frigo des Finances. L’endettement a permis aux boomers de ne pas faire les choix budgétaires qu’auraient exigé les revenus dont ils disposaient.

Des emprunts ont évidemment servi à construire des routes, des ponts, des écoles, etc. Cela constitue une «bonne dette». Les actifs qui y sont liés sont tangibles. Mais la dette du Québec est constituée pour la moitié d’emprunts ayant servi à couvrir les dépenses courantes. Cette façon de faire caractérise toujours le budget du Québec.

Cette année, l’ardoise indique 17,4 milliards de nouveaux emprunts, cinq fois plus que le total du Fonds des générations.

En vérité, nous ne remboursons rien, absolument rien. Nous refinancons les vieux emprunts avec des nouveaux, au rythme de 1,5 milliard emprunté chaque mois. C’est ça aussi, la «ligne de force» du modèle québécois.