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Heureusement, il y a les faits…

- 24 mars 2012

frais

(Graphique: Antagoniste.net)

Quand on lui a demandé si les étudiants ne devraient pas, eux aussi, revoir leur position, comme ils le demandent au gouvernement, Pauline Marois a éludé la question : « Je ne peux pas me mettre dans la peau des étudiants ni du gouvernement… »

Elle n’a pas été plus claire sur ce qu’elle ferait, elle, hormis annuler la hausse ordonnée par le gouvernement Charest. Elle n’a pas de solution de rechange, mais suggère la tenue d’un vague sommet sur l’enseignement supérieur. Peut-être qu’un gouvernement du Parti québécois convoquerait de nouveau tout le monde, entre une réunion sur la mise à jour des études sur la souveraineté et une audience publique des États généraux sur la souveraineté… Peut-être fera-t-on un pays en disant n’importe quoi…

Blague à part, après tant d’années en politique, on se serait attendu à autre chose de Mme Marois. Les coups de gueule opportunistes se multiplient ces temps-ci et, comme pour les redevances minières, Mme Marois ne dit rien de substantiel depuis l’abolition de la Taxe santé. Elle cherche à profiter au maximum de la grogne étudiante et regrette peut-être d’avoir reculé sur le vote à 16 ans…

Après des dizaines d’années de blocage politique, le temps est pourtant venu d’avoir du courage. C’est facile d’aller voir des manifestants, de dire ce qu’ils veulent entendre et de marcher avec eux en souriant à la caméra. Jouant à fond la carte populiste, Mme Marois affirme que Jean Charest, en refusant de céder aux étudiants, fait preuve de « faiblesse ». A-t-il donc été plus respectable en cédant récemment devant les syndicats CSN des garderies?

Nombreux sont ceux qui croient plutôt que ça prend des couilles pour dire non au Québec, surtout quand les clairons officiels de l’opinion publique sont au diapason pour soutenir d’emblée que les étudiants font pitié et qu’une hausse des frais de scolarité nuirait à l’accessibilité aux études supérieures. Joseph Facal signalait hier sur Twitter que les admissions sont en hausse de 6 % à l’Université de Montréal.

Il y a la partisannerie politique, l’exagération démagogique et le mensonge des rebelles officiels, mais les faits nous ramènent heureusement sur terre… Merci, M. Facal.

Dans l’esprit de Mme Marois, comme dans celui de la plupart des émancipateurs habituels de la télé, céder aux groupes de pression et aux syndicats ne doit pas être considéré comme une « faiblesse », mais plutôt comme une démonstration de « leadership ».

On pourrait déplorer un tel raisonnement, mais les conditions de travail offertes par l’État québécois à ses employés prouvent à quel point ce « leadership » a été utile pour les alliés traditionnels du PQ. Cela me revient à l’esprit quand Monique Richard, une ex de la CSQ, prend la parole à l’Assemblée nationale.

Espérons que la majorité silencieuse ne verra pas dans leurs bons sentiments un appui désintéressé. Il est évident que l’éventualité d’élections générales incite les leaders politiques, surtout ceux de l’opposition, à faire des promesses en phase avec l’air du temps.

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Endetté et vieillissant, le Québec exige les droits de scolarité les plus bas qui soient en Amérique du Nord. Aller à l’université coûte deux fois plus cher en Nouvelle-Écosse, environ 5 500 $. La Nouvelle-Écosse n’est pas Monaco. Il y a plus d’étudiants au niveau universitaire en Nouvelle-Écosse qu’au Québec. Qu’est-ce à dire? Le « défaut » du Québec est ailleurs.

Ce n’est pas le financement des universités qui devrait d’abord nous préoccuper collectivement, même si cela est évidemment primordial. C’est l’éducation dans son ensemble. Les lettres que me font parfois parvenir des étudiants voulant devenir journalistes, des lettres désarticulées, mal foutues et criblées de fautes m’attristent sincèrement. Leur pauvreté académique est manifeste.

De grands intellectuels ont décrit ce drame national, mais on n’entend plus guère leurs voix; il est plus politiquement correct d’applaudir à nos succès, parfois les plus minces; une télésérie vendue ici ou là, un film primé par nous, un livre de loin en loin…

La revue Argument a déjà dépeint « L’état des lieux » de l’éducation. J’y ai trouvé le témoignage bouleversant d’une enseignante qui déplorait la « supercherie » du ministère de l’Éducation qui, à coup de normes, de normalisation et de « pédagogie égalitariste » est parvenu à aplanir la nécessité de l’effort.

Les pédagogues patentés sont parvenus à faire réussir des dizaines de milliers d’élèves « indépendamment de leurs acquis réels ». Les jeunes sont « formés à réussir sans étudier » concluait l’enseignante du collégial. Il y a pire, les enseignants, souvent, ne savent plus trop quoi évaluer. Alors, tout le monde « passe », avec leurs « connaissances transversales » sous le bras…

Les étudiants qui manifestent ces jours-ci contre la hausse des frais de scolarité devraient se méfier des sirènes. Ceux qui portent le petit carré rouge les laisseront tomber un jour ou l’autre, c’est écrit dans le ciel. Une fois au pouvoir, les amis, bizarrement, ne sortent plus de l’Assemblée nationale pour aller manifester… Ils s’occupent à gérer le bien public, au meilleur de leurs connaissances, en tenant compte des contraintes qu’impose la précarité des finances publiques. Tous les gouvernements font ça.