Archives pour 7 avril 2012

Du «réchauffé» vieux de sept ans…

- 7 avril 2012

phoque

Alors que la rébellion étudiante donnait des signes d’essoufflement, le gouvernement Charest a cru pouvoir tirer les marrons du feu en proposant jeudi une solution faussement originale.

Pressé de tourner la page, Jean Charest a voulu forcer le jeu et pousser les étudiants au pied du mur. À l’entrée de la réunion quotidienne du caucus des libéraux, le premier ministre a d’ailleurs dit qu’il s’attendait maintenant à ce que les cours reprennent normalement.

Le gouvernement a sciemment rendu publique sa proposition à la veille du long congé de Pâques, tout juste avant l’ajournement des travaux parlementaires. Car au cas où vous ne le sauriez pas, l’Assemblée nationale suspend à nouveau ses travaux la semaine prochaine et ne siégera pas avant le mardi 17 avril prochain.

Après deux semaines de relâche en mars, le calendrier parlementaire prévoit une pause additionnelle d’une semaine en avril, une semaine officiellement consacrée au « travail en circonscription ». En vérité, plusieurs prennent ou reprennent des vacances. M. Charest quant à lui partira lundi vers le Brésil où se tiendra un sommet international sur l’environnement.

pauline

Du déjà-vu…

Le premier ministre voulait régler le litige étudiant avant de partir mais il avait apparemment sous-estimé la mémoire de Pauline Marois. Le Programme de remboursement proportionnel au revenu proposé jeudi matin par les ministres Line Beauchamp et Raymond Bachand, juste avant la période des questions à l’Assemblée nationale, avait, en effet, des airs de déjà-vu.

Dans les bureaux de la chef de l’opposition officielle, le clan Marois a écouté attentivement la retransmission de la conférence de presse. Mme Marois s’est alors souvenu de ce qu’avait annoncé Pierre Reid, le tout premier ministre de l’Éducation du gouvernement Charest, il y a sept ans.

Pierre Reid

Les recherchistes du PQ, dévoués et efficaces, ont facilement retrouvé la documentation confirmant ses dires. C’était effectivement Pierre Reid qui avait d’abord proposé aux étudiants le Programme de Remboursement Proportionnel au revenu (PRP). Ancien recteur de l’Université de Sherbrooke, M. Reid n’était pas sans connaître la réalité des étudiants.

Dans un communiqué émis le 12 janvier 2005, il promettait qu’une modification réglementaire à l’aide financière aux études serait en vigueur au printemps suivant. M. Reid promettait de « concrétiser un engagement du gouvernement ».

Mais Pierre Reid a perdu son ministère peu de temps après et son successeur, Jean-Marc Fournier, n’a pas donné suite à « l’engagement du gouvernement » pris en 2003. Le PRP est tombé dans l’oubli.

malavoy

C’est en sachant tout cela que les péquistes sont entrés au Salon bleu pour la période des questions, jeudi matin. Quand vint son tour de poser une question, Marie Malavoy savait évidemment quoi dire, à savoir que la proposition Beauchamp-Bachand n’était, à ses yeux, que du « réchauffé » :

«Ce programme n’a jamais vu le jour, car il a été aboli par l’actuel député de Saint-Laurent. Il revient sept ans après, jamais retravaillé par le gouvernement. De qui se moque-t-on? » a-t-elle lancé aux libéraux, stupéfaits.

Du « réchauffé »

Jean Charest, visiblement pris de court, ne savait trop quoi répondre. Il a éludé la question une première fois, mais Mme Malavoy est revenue à la charge en élevant le ton : « Le gouvernement fait semblant d’entrouvrir une porte, mais il nous sert du réchauffé. Cette décision de 2005, il ne s’en souvient pas parce que ça fait trop longtemps qu’il est là. »

Ouch! On souriait d’aise dans les banquettes péquistes. En face, on ne souriait plus du tout…

Le gouvernement n’est donc pas encore sorti du pétrin. Les étudiants ont refusé d’emblée le PRP. Si le temps joue contre eux, ils peuvent toujours compter sur le PQ qui ne cache pas sa préférence pour des retouches au statu quo.

Il y a quelques jours, Mme Malavoy a fait comprendre que son parti était toujours un partisan du gel des frais de scolarité. « Un gouvernement vit avec les choix qui ont été faits avant lui, et je suis fière de ces choix, et je considère qu’on doit les maintenir. » Voilà pourquoi Pauline Marois porte le petit carré rouge.