
Ne cherchez pas! Son nom ne vous dira probablement pas grand-chose. Il n’était pas du tout bon en « personal branding ». Il ne gérait pas plein de comptes Twitter et il se fichait de Facebook comme de sa toute première chemise.
Pourtant, ce 8 juillet 2012, peu avant 20h, le Québec a perdu une de ses plus belles plumes. La plume d’un prince du verbe qui informait ses lecteurs de façon aussi rigoureuse que drôle.
Sylvain a longtemps couvert les faits divers, un genre journalistique que les étudiants dédaignent souvent. Un « beat » moins « sexy » que les autres, chuchote-t-on (trop) souvent dans les universités et dans les salles de rédaction.
Pourtant, Sylvain savait ressortir du plus banal fait divers une histoire sympathique (voir deux de ses vieux textes ci-dessous*). Il maniait à merveille l’art du « lead ». L’art de raconter toute l’histoire du papier dans la première phrase tout en réussissant le tour de force de donner quand même envie aux lecteurs de lire la suite.
Pas flamboyant pour deux sous, Sylvain a relu avec attention les « leads » de ses jeunes collègues (dont moi-même). Sans jamais donner l’impression de faire la leçon, il a corrigé nos textes et nous a donné le conseil judicieux qui faisait la différence entre un lead moyen et un lead savoureux.
Sylvain s’est battu courageusement contre une sournoise maladie au cours des dernières années. Ce soir, l’inéluctable s’est produit. À sa conjointe et consœur Élisabeth, à son beau-père Robert et à son petit trésor Marion, bientôt quatre ans, j’offre mes condoléances les plus sincères.
Marion, tu es encore trop jeune pour le réaliser, mais sache que ton père est un géant et que le journalisme québécois est en deuil en ce triste dimanche soir.
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Journal de Québec, jeudi 23 avril 2009, page 25
Elle tient à sa cellule

Ne pas vouloir se retrouver en cellule, c’est une chose et ça peut toujours se comprendre, mais ne plus vouloir en sortir…
C’est pourtant la curieuse situation dans laquelle s’est retrouvée la police de Lévis qui s’est donné un mal de chien pour renvoyer chez elle une jeune femme de 19 ans qu’elle avait incarcérée dans une cellule.
Lundi soir, les patrouilleurs de la police de Lévis ont été appelés à se rendre dans un logement de la rue du Pré pour une affaire de désordre. Sur place, ils ont interpellé une jeune femme de 19 ans, fortement intoxiquée, qui se trouvait de surcroît en bris d’engagement. Les policiers ont arrêté la jeune femme et l’ont placée en cellule pour la nuit.
Jusque-là, c’est un grand classique. Là où la chose sort de l’ordinaire, c’est qu’au moment d’être libérée sur promesse de comparaître, la jeune femme a obstinément refusé de sortir de cellule.
S’était-elle trop attachée à son corps de police? Le petit déjeuner servi en cellule était-il à ce point succulent (nO 1 de chez Normandin)? Où la combinaison bed and breakfast aux frais de la reine lui permettait-elle des économies? L’histoire ne le dit pas, mais les policiers ont dû faire preuve de beaucoup de persuasion pour convaincre la détenue de re-prendre sa liberté.
Après lui avoir offert d’aller la reconduire chez elle en autopatrouille, la jeune femme, de guerre lasse, a décidé à reculons de se laisser traîner hors de son doux cocon.
Comme la fin justifie les moyens et que la jeune femme n’avait toujours pas renoncé à son idée fixe de retourner en cellule, elle a pris le moyen le plus simple pour réaliser son dessein et a commis le premier délit à sa portée : cracher tout simplement au visage des policiers.
Code criminel du Canada, article 270, voies de fait contre un agent de la paix et la jeune femme est retournée en cellule, d’où elle a été ressortie quelques heures plus tard pour comparaître en cour municipale.
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Précision : la republication de ce texte un peu particulier peut paraître bizarre voire même déplacée dans un contexte d’hommage. J’ai tellement adoré ce papier que j’ai prévenu Sylvain – le jour même de la publication originelle – que j’allais le ressortir lorsqu’il faudra bien lui rendre hommage. À l’époque, « Trép » avait rigolé de bon cœur à l’idée. Il y a quelques semaines, je lui avais rappelé ma « menace » et il avait encore une fois ri de bon cœur. Je partage donc cet « inside » avec vous.
Journal de Québec vendredi 9 février 2007
LE “DÉFÉQUEUR” ANONYME DE THETFORD MINES PRIS SUR LE FAIT

Un homme qui déféquait près du réservoir et du lieu de traitement d’eau potable de Thetford Mines depuis près d’un mois a reçu un constat d’infraction de 100 $, après avoir été identifié grâce à une caméra de surveillance.
Le 29 janvier, le responsable de la surveillance des lieux au réservoir d’eau municipal et au traitement de celle-ci s’est présenté à la Sûreté municipale de Thetford Mines pour signaler que, depuis environ un mois, il lui était arrivé à plusieurs reprises de retrouver ce qui ressemble à des excréments humains et du papier hygiénique “usagé” derrière le bâtiment abritant les pompes pour l’eau potable de la ville.
Chaque fois, compte tenu des risques de contamination de l’eau par les excréments, le responsable devait nettoyer et désinfecter le secteur.
L’installation d’une caméra de surveillance a donc été choisie comme moyen pour mettre la main au… collet du contrevenant.
Le “déféqueur” anonyme ne s’est pas fait attendre et c’est sans grande surprise que la caméra de surveillance a pu saisir, dans toute sa splendeur délictueuse, le contrevenant faisant l’effort de circonstance à au moins trois reprises, s’essuyant minutieusement le popotin avant de quitter les lieux.
En regardant la bande vidéo, les policiers de Thetford Mines n’ont eu aucune difficulté à identifier l’emmerdeur, bien connu d’eux pour des délits divers.
Ce dernier, ayant 50 ans, a reçu un constat d’infraction de 100 $ en vertu du règlement municipal interdisant à “toute personne de jeter, lancer, déposer, laisser se répandre ou s’écouler, ou d’abandonner tout objet ou chose quelconque dans les rues, eaux ou cours d’eau de la Ville ainsi que dans tout endroit privé ou public.”
Il n’a pas été possible de savoir si l’homme agissait par vengeance envers la Ville de Thetford Mines, s’il posait un geste politique ou s’il tentait de donner naissance à une nouvelle forme de terrorisme.